Reconnaissance au Maroc

 

Charles de Foucauld

Le premier titre de notre collection Voyageurs du livre vient de paraître. Nous avons choisi pour ce début un classique, la Reconnaissance au Maroc de Charles de Foucauld, paradoxalement aussi connu que rare et confidentiel.

Ce livre a été écrit pour ses camarades officiers, dont Foucauld espérait qu’ils allaient sans tarder entrer au Maroc. C’est pour eux qu’il note avec précision les itinéraires, les temps de parcours, la profondeur des oueds, les gués, etc.

Les scientifiques y trouvent aussi leur compte. Par la voix de M. Duveyrier (séance du 24 avril 1885 de la Société de géographie de Paris), les cartographes avouent qu’avant le voyage de Foucauld, ils n’avaient à leur disposition que 12 208 km d’itinéraires jalonnés de bien rares déterminations de latitude, et de déterminations de longitude plus rares encore ; on n’avait fait de géographie astronomique que sur une vingtaine de points dans l’intérieur de l’empire…. Et qu’en onze mois, du 20 juin 1883 au 23 mai 1884, un seul homme, M. le vicomte de Foucauld, a doublé pour le moins la longueur des itinéraires levés au Maroc. Il a repris, en les perfectionnant, 689 km des travaux de ses devanciers, et il y a ajouté 2 250 km nouveaux. Pour ce qui est de la géographie astronomique, il a déterminé 45 longitudes et 40 latitudes ; et là où nous ne possédions que des altitudes se chiffrant par quelques dizaines, il nous en apporte 3 000. C’est vraiment, vous le comprenez, une ère nouvelle qui s’ouvre, grâce à M. de Foucauld, dans la connaissance géographique du Maroc.

Enfin, le grand public ne pouvait qu’être sensible à la poésie austère de ce journal de route, qui répugne à l’anecdote mais décrit avec chaleur les habitants, leurs mœurs, leurs langues, leurs costumes. Les croquis que Foucauld dessinait « avec un crayon de deux centimètres », à l’abri des amples plis de son burnous, parviennent en quelques traits sûrs à rendre compte de la magnificence des paysages. On sent que ce jeune homme de 25 ans, parcourant à pied ou à dos de mulet un pays inconnu, s’y attache ; on devine les amitiés qu’il noue au hasard des étapes…

Les rééditions de 1939 et 1999 ne reprenaient que le texte, sans les croquis. Ces derniers n’ont été republiés que dans une édition « reprint » en 1998.

Mais notre œil d’hommes du XXIe siècle, si habitués à la couleur, a du mal à appréhender des conventions telles que « les parties ombrées sont boisées » ou « les montagnes ombrées sont couvertes de neige ». C’est pourquoi nous avons choisi pour cette nouvelle édition de faire appel à Bernard Deubelbeiss, un artiste reconnu, à qui le Maroc est familier. Nous lui avons demandé de redessiner et de mettre en couleur une cinquantaine des plus beaux croquis, en leur conservant toute leur authenticité.

Ceux qui aiment le Maroc en retrouveront l’ambiance et les couleurs chaleureuses. Les autres, nous l’espérons, auront envie de partir à la rencontre de ce pays si connu, et pourtant si méconnu dès que l’on s’éloigne des grands axes touristiques.

Et si les amis de Charles de Foucauld veulent bien considérer ce choix comme un hommage et une mise en valeur de son œuvre, nous aurons atteint le but que nous nous étions assigné.